Sang d'encre
C'est ici que nous plongeons dans l'Ether. C'est ici que tout se tisse, tout se lie, tout s'efface...
Pour que le souvenir ne perde jamais trace, la main glisse sur le clavier comme elle s'épanouirait sur le parchemin jauni par la vie.
La Vie est telle, si belle et éphémère, que demain nous n'aurons peut-être plus assez de sable et le temps ne s'écoulera plus...

Rien ne possédait le pouvoir de nous séparer. Mais les liens devaient être encore fragiles puisque tout a cédé dans un seul choc, lorsque ce véhicule aux allures de Titan fit voler en éclat notre rêve tout comme il fit voler en éclat le par brise. Laffreux monstre, après avoir opposé mon faible corps à son incomparable ossature, méjecta de notre voiture quil transforma en boite de conserve y faisant entrer le corps de ma femme, disloqué dans un bain rouge sang.
Ces pensées macabres mobsèdent. Mais seriez-vous capables de penser à autre chose lorsque les dernières images que vous avez vues et que vous pourrez voir à lavenir sont celles du corps de votre femme en charpies ? Cet accident ma privé de tout : de mes yeux, de mes bras, de mes jambes, du chant des oiseaux
et de Toi. Cest ma vie quil a prise ! Je voudrais seulement pouvoir décoller de ce lit dhôpital où lon ma crucifié Les larmes voudraient couler mais je ny arrive pas. Je pleure de me voir réduit à létat de « légume infirme ». Si seulement je pouvais arracher ces fils qui me tiennent encore à la vie pour me lever, tout détruire et crier ma douleur au monde entier. Exprimer ma souffrance est lune des seules choses quon ma laissée.
Un courant dair traverse la pièce. Je suppose que quelquun est accouru après avoir entendu mon cri et que le déplacement de la porte a laissé le vent simmiscer dans la chambre. Quelquun est près de moi, probablement armé de lune de ces horribles seringues quils me plantent toujours dans lavant bras pour me calmer. Je secoue ma tête en espérant que cela suffira à les en dissuader, mais jen doute. Je ne veux Une douce main me caresse le visage. Cest elle, jen suis certain, elle qui est la seule à me comprendre, la seule à savoir que je souffre, la seule à savoir que la morphine est inutile. De toutes les infirmières sétant occupées de moi durant ces trois semaines, elle est la seule à avoir offert à mon visage lébauche dun sourire, une petite étincelle, la promesse dun feu de joie. Je cesse de remuer la tête en tout sens. Sa main continue deffleurer mon visage et je sens le souffle de sa bouche qui doit probablement me chuchoter quelques mots de réconfort à mon oreille. Et cest sous la main de "mon" infirmière que mon esprit sapaise
Cest laube. Je sens la douceur de la lumière effleurer ma peau. Ca me rappelle sa main.
Je nai jamais cru au coup de foudre...Que dis-je là ?! Ma femme est morte il y a moins dun mois et me voilà en train de mavouer victime de lamour. Jai honte.
« Pardonne-moi chérie
» mais être amoureux dune âme défunte, cest trop difficile pour moi. Une partie de toi reste en moi, une partie de moi reste en toi.. Et mes yeux vitreux sembrument de larmes invisibles car la Belle naimera jamais la Bête que je suis aujourdhui.! Tout va mal mais la main de la déesse est de retour, me caressant tendrement le front. Et ma bouche ne peut se contraindre à retenir les mots :
« Si tu savais à quel point je taime toi mon inconnue. Pardonne le pauvre aveugle de sa folie. Pardonne le fou de son impudence. Pardonne un homme daimer linaccessible. »
Ce sont à présent ses lèvres qui viennent se coller aux miennes. Je profite de linstant et savoure le rêve. Il membrasse et moi je suis aux anges. Cest un homme
Je sens sa barbe male rasée irriter la peau de mon visage, mais cest agréable. Cest étrange,. Mais tout cela est-ce vraiment important ?. LAmour na plus de forme ; lAmour est incolore. Dire que si javais encore mes yeux, peut-être aurais-je manqué cet instant.. Je te remercie, toi la Vie, toi la meurtrière de mavoir appris le verbe "aimer".

Batifoler dans les cieux de linsouciance,
Errer toute une vie, chercher la délivrance
Se sentir pousser des ailes et senfuir
Rien ni personne sur terre pour me retenir
Devenir un ange, la tête dans les nuages
Ouvrir un livre et en tourner les pages
Laisser la plume glisser sur le papier
Ecrire quelques lignes, chemin de la destinée
Créer son utopie pour pouvoir résister
A ce Dieu sans merci, à ces hommes sans pitié.

Il sassoit devant ce grand miroir quil côtoie depuis des années déjà. Et toujours le même reflet : Cet homme qui nen est pas un, cet être à lâme si paradoxale, la tempête entre le « oui » et le« non », entre le « je taime » et le « moi non plus », entre le corps dun homme et la pensée dune femme
Le sang coule sur sa peau blanche mais il sacharne. Il jouit de voir ce corps quil hait tant se vider de son liquide vital. Ca nefait pas encore assez mal. Il essuie son visage avec la petite serviette rose,court chercher lalcool à 90° dans son tiroir de pharmacie, retourne à la salle de bain et en verse sur un coton qui ne parvient plus à boire cette potion doubli. Et le coton sur les plaies
Cris de douleur ! Si cest le seul moyen pour mempêcher de les raviver comme il ravive ses plaies intérieures, il est prêt à en payer ce prix.
« Tu es laid mon gars ! » Après avoir pris la douche rituelle, il se dirige vers sa chambre et ouvre son armoire favorite,celle où toutes ses robes sont alignées en une rangée de couleurs plus variées que celles de Monsieur lArc-en-ciel lui-même. Mais il choisit finalement un joli tailleur noir accompagné dune petite chemisette blanche, style secrétaire. Très vite, il enfile son déguisement, prend ses chaussures à talons aiguilles au bas de larmoire et les emmène à lentrée de son appartement.




