Il sassoit devant ce grand miroir quil côtoie depuis des années déjà. Et toujours le même reflet : Cet homme qui nen est pas un, cet être à lâme si paradoxale, la tempête entre le « oui » et le« non », entre le « je taime » et le « moi non plus », entre le corps dun homme et la pensée dune femme
Comme chaque matin, les larmes coulent encore sur son visage mal rasé et pendant quelques minutes, il se libère du poids de ses regrets, fait tomber le masque. Il relève la tête avec fierté puis seffondre en pleursà nouveau, ne pouvant empêcher le torrent de déferler. On essuie ce quonv oudrait cacher, on reprend ses esprits, la tête bien haute on se regarde et on saffronte dans ce satané miroir qui nous oppresse.
Il prend le rasoir quil avait posé hier matin près de son démaquillant, comme dhabitude, puis hésite quelques secondes. Les veines ou mon visage ? Cest cette même question qui lui revenait chaque matin. Mourir ou souffrir. Il avait toujours choisi la première solution jusque là et il en ferait de même ce matin, petite lueur despoir au fond de son cur, petite étincelle quil espère retrouver en un feu de joie, un jour, peut-être
Il remplie alors le lavabo dune eau tiède et prend donc sa mousse à raser et se létale sur la figure. Il entame le premier coté de son visage (toujours le coté droit en premier) et en deux minutes à peine, laffaire est clôturée. Petit plongeon pour le rasoir et le voilà reparti. Il navait jamais aimé ce moment de la journée et détestait se raser et pour cause puisque inévitablement il se coupait à chaque fois. Dailleurs, la lame vient àpeine écorcher sa peau.
Le sang coule sur sa peau blanche mais il sacharne. Il jouit de voir ce corps quil hait tant se vider de son liquide vital. Ca nefait pas encore assez mal. Il essuie son visage avec la petite serviette rose,court chercher lalcool à 90° dans son tiroir de pharmacie, retourne à la salle de bain et en verse sur un coton qui ne parvient plus à boire cette potion doubli. Et le coton sur les plaies
Cris de douleur ! Si cest le seul moyen pour mempêcher de les raviver comme il ravive ses plaies intérieures, il est prêt à en payer ce prix.
« Tu es laid mon gars ! » Après avoir pris la douche rituelle, il se dirige vers sa chambre et ouvre son armoire favorite,celle où toutes ses robes sont alignées en une rangée de couleurs plus variées que celles de Monsieur lArc-en-ciel lui-même. Mais il choisit finalement un joli tailleur noir accompagné dune petite chemisette blanche, style secrétaire. Très vite, il enfile son déguisement, prend ses chaussures à talons aiguilles au bas de larmoire et les emmène à lentrée de son appartement.
Puis retour à son miroir diabolique. 9:45 AM à son poignet. Il doit être à dix heures au boulot. Il prend sa poudre miraculeuse sen met plein le visage espérant masquer ainsi les différents défauts de son faciès. Leblush à présent qui pose avec son pinceau sur ses joues. Le fard à paupière marron glacé, le crayon à la couleur plus foncée et le mascara pour accentuer sur ses magnifiques yeux émeraude. Il ne manque plus que le rouge à lèvres pour compléter son uvre. Il choisit alors le petit tube qui cache son rouge à lèvres pastel. Il peint sa bouche pulpeuse dune couleur invisible , petit pincement des lèvres et le tour est joué. Quelques pulvérisations de son parfum préféré et
Direction la sortie et vite. Il enfile ses chaussures à talons, sobserve une dernière fois dans le petit miroir dans son entrée mais il manque quelque chose
Petit cri de satisfaction, il court à la salle de bain enfiler sa perruque blonde coiffée au carré. Il jette un il dans le miroir
Parfait ! Il pose ses lèvres sur la paroi froide et embrasse son reflet pour quitter à toute vitesse son appartement.
Une chance que son lieu de travail se situe à létage den dessous. On dit très vite bonjour à tous ses amis ou plutôt toutes, on tire le rideau quon referme derrière soi et on sexhibe derrière lune des vitres de cette ville, attirant le regard des passants mais on espère, on espère que la vie nous sourira, un jour, peut être
Mais ce matin là fut un matin comme les autres.
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