Chute interminable dans le fossé de mes souvenirs. Exploration des profondeurs de mon âme. Images imperceptibles défilant devant mes yeux denfant, ébahi, enchanté, émerveillé
Je suis étalé sur le sol, la tête vers le ciel, observant les nuages prenant des formes chimériques et cachant le soleil qui laisse enfin apparaître quelques uns de ces rayons lumineux. Je me sens flotté dans les airs, virevoltant comme une plume au gré du vent. Le vent
Je ne le sens pas glisser sur mon visage bien que les branches des chênes se plient sous sa force incommensurable. Je ne le sens plus souffler dans mes cheveux qui
Et ces oiseaux. Magnifique paysage que de voir ces deux rossignols entremêlant leurs ailes aux plumes angéliques, gazouillant un air de Vivaldi que je ne parviens pas à percevoir
Je sais que leur chant envoûtant résonne tout autour de moi et mon oreille est incapable dinterpréter ces sons. Je nentends pas
Soudain, une abîme sous mes pieds. Je tombe. Même chute sans fin. Les images défilent encore et encore. Puis, rien, le néant.
Un écho strident, bien pire que les ultrasons inaudibles, me transperce les tympans. Cest un ampli de mille cinq cents watts qui larsen et me détruit petit à petit. Jentends les cris des groupies déchaînées, lessifflements des fans impatients et le reste de la foule qui hurle le nom de leur idole à en perdre leur voix. Il ny a pas plus agréable que la chaleur humaine pour échapper au froid. Pourtant, aucune sensation de chaleur ne soffre à moi malgré la populace qui mentoure. Seul le froid glacial est perceptible. La guitare électrique entame la mélodie, ses cordes vibrant sous les doigts du musicien. La basse le suit laissant échapper des bruits vrombissant qui emballent notre pouls. Et cest au tour de la batterie de marteler le rythme, nos curs en osmose avec elle, battant un tempo similaire.Me voilà plongé dans un bain de foule comme noyé dans la mer, mon corps inerte emporté par les flots invisibles. La voix du chanteur envahie la salle, envahie nos esprits. Je me sens bien, je suis serein, à létat de transe
Silence ! De nouveau cette multitude dimages qui passent aussi rapidement que les flashs des appareils photos capturant votre image dans cette petite boite noire.Voilà, jatterris enfin.
Je suis là, assis comme sur un moelleux nuage de coton. Cela me rappelle ces nébulosités aux formes oniriques qui envahissaient la voûte céleste lors de mon premier voyage. Mes lèvres sont comme cousues et on essaie tant bien que mal dintroduire à lintérieur de mon orifice buccal un objet au goût métallique déposant sur ma langue une bouillie que je ne peux encore identifier. Toutes mes papilles gustatives se mettant en action me permettent de reconnaître chacun des ingrédients contenus dans ce mélange pâteux : de la pomme de terre, du poireau, de la carotte, autres légumes et substances chimiques dont je vous épargnerais les noms
Cette plâtrée dont je me délecte et à laquelle je ne peux coller un nom remplie mon petit estomac. Je décide de pousser quelques cris pour en quémander de nouveau. Cette fois-ci, jouvre grand la bouche laissant passer aisément le morceau de métal. Javale goulûment chacunedes cuillerées que lon me donne. Je nai plus faim et pourtant je continue dengloutir chaque louche. Je mange, je mange et je mange encore
Que cest bon de manger.
Je descends violemment de mon nuage fantasmagorique, me faisant aspiré vers le fond par un puissant courant. Jessais tant bien que mal de magripper à la paroi cotonneuse mais rien ny fait.
De nouveau plongé dans le noir, jespère avoir enfin toucher le fond. Jattends patiemment que la lumière montre le bout de son nez mais le rayon luminescent ne viendra pas. Cest à ce moment quune odeur nauséabonde sinfiltra dans mes narines grandes ouvertes. Doù pouvait émaner cet horrible parfum que nul ne pourrait supporter ? Dailleurs, je ne le supportais plus. Ma tête me tournait et je ne pouvais que courir en tout sens afin déchapper à cette effluve dévastatrice. Cest alors que me pénétra le parfum salvateur, indescriptible et envoûtant. Mes pas ne pouvaient que suivre avec ardeur cette fragrance. Mais, lodeur écoeurante me stoppa net. Je lavais enfin identifier : un mélange de sueur, excrétion gazeuse carbonée, de moiteur salée. Qui pouvait dégager une telle si ce nest un homme ? Ou plutôt lHomme. Jen arrivai à cette conclusion : un homme, ça pue. Je me suis de nouveau concentré sur larôme qui mavait subjugué. Me laissant guidée par celle-ci, je me tenais à présent devant une porte invisible que je dus pousser sans hésitation : la porte de Paradis pour les nez. Me voilà emporter par une vague parfumée. Un festival de senteurs soffrait à moi : la musc et lambre dansant, rose et patchouli qui senlacent, la myrrhe et le bois de santal valsant, violette et muguet qui sembrassent
Lextase !
Mon âme sélève et rechute aussitôt. Cette fois-ci, je descends au plus profond de moi-même, au plus profond du Moi, au plus profond de mon inconscient.
Lové sous une draperie soyeuse, jétais allongé sur ce que je supposais être un lit. Le matelas nétait ni trop dur ni trop mou, épousant parfaitement les formes de mon corps. Un oreiller douillet reposait sous ma tête. Je sentis alors la peau douce dune main qui me caressait le torse. Une jeune femme se tenait à mes côtés, nue, elle aussi, sous les draps de soie qui lenveloppait. Nous nous enlacions pour ne faire quun. Nos corps en osmose, nous échangions de langoureux baiser. Mes lèvres pusillanimes descendirent au creux de son cou tandis que mes mains glissèrent jusquà ses seins voluptueux. Je rejoignis sa bouchepulpeuse que jembrassais goulûment frottant mon sexe contre le sien. La chaleur de nos deux corps entremêlés laissait apparaître sur la fenêtre la condensation. Jaimais sentir ses formes généreuses sous la paume de mes mains, jaimais sentir ses doux tétons durcir dexcitation entre mes doigts, jaimais sentir mon sexe pénétrer en elle
Jamais je navais ressentis une sensation aussi intense en faisant lamour avec une femme. Bizarrement, ce nétait pas seulement un désir sexuel que jassouvissais pour apaiser une pulsion animale. Jaimais cette femme. Vint alors lextrême jouissance que nous attendions tout deux : cette bouffée de chaleur qui vous envahi, ce cri qui monte en vous et que vous ne parvenez plus à retenir
Nous atteignions le Septième Ciel !
Un halo de lumière menvahi et mentraîna à toute vitesse en son centre comme laurait fait un trou noir. Je mélevais encore et toujours plus haut. Continuant mon ascendance vers les cieux, la lumière commençait à maveugler jusquà ce que je ne pus y apercevoir quun voile blanc immaculé. Le flash se dissipa et laissa place à un spectacle féerique.
Je survolais un monde où régnait la Paix. La Beauté sépanouissait sexprimant à travers dimmenses étendues de verdure tachetées de fleurs multicolores, de cascades traversées par la lumière dun soleil invisible laissant apparaître un prisme arc-en-ciel, de montagnes aux neiges éternelles se dressant au milieu des nuages floconneux qui se condensaient parfois pour engendrer une pluie myriachrome faisant danser les couleurs
Jétendais mes blanches ailes angéliques, me laissant planer au dessus dun monde merveilleux, celui quon nommait Paradis
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