Sang d'encre
C'est ici que nous plongeons dans l'Ether. C'est ici que tout se tisse, tout se lie, tout s'efface...
Pour que le souvenir ne perde jamais trace, la main glisse sur le clavier comme elle s'épanouirait sur le parchemin jauni par la vie.
La Vie est telle, si belle et éphémère, que demain nous n'aurons peut-être plus assez de sable et le temps ne s'écoulera plus...

Je ne suis pas une femme. Je ne suis pas un homme. Je suis autre chose. Je suis.
Une soirée comme les autres...
La dure douleur de l'accouchement, je ne la connaîtrai pas et j'en suis heureux. Ce soir, c'est un accouchement en douceur pour moi, calme et voluptueux. Ce qui est enfermé dans mon complexe cérébrale va s'épanouir sur quelques lignes, se libérer en quelques mots.
Je me sens léger malgré la lourdeur de ma carcasse. Je me sens fort malgré mes yeux qui fatiguent. Je suis assis devant cet écran et je parcours le clavier de mes doigts avec l'agilité d'un pianiste. Mon index frappe le R pour glisser sur la touche qui le précède. Puis le doigt quitte le E pour laisser s'échapper de son étreinte mon pouce endolori qui parvient à atteindre malgré lui le V. Le pouce trop engourdi, je préfère en revenir à mon index qui se pose délicatement sur la dernière touche qu'il a pressée, E.
REVE.
Le mot qui offre la Vie à toute chose pour le peu qu'on y mette un peu de son coeur et de son temps. Tout est éphémère mais l'esprit sait capturer l'essence pour tout reconstruire.
Ne dites rien. Fermez les yeux. Inspirez. Expirez...
Inspirez. Rêvez.
Bon voyage.

Chute interminable dans le fossé de mes souvenirs. Exploration des profondeurs de mon âme. Images imperceptibles défilant devant mes yeux denfant, ébahi, enchanté, émerveillé
Et ces oiseaux. Magnifique paysage que de voir ces deux rossignols entremêlant leurs ailes aux plumes angéliques, gazouillant un air de Vivaldi que je ne parviens pas à percevoir
Je sais que leur chant envoûtant résonne tout autour de moi et mon oreille est incapable dinterpréter ces sons. Je nentends pas

Seul au milieu d'une pièce sombre, éclairée par quelques bougies, je ne perçois rien. J'avance à tatons au milieu de nul part jusqu'à ce qu'une lumière s'intensifie et esquisse quelques formes... C'est un miroir.
Encore un miroir. Je ne m'en étonne plus. Il revienne tellement souvent. Je m'en approche petit à petit et d'autres formes se dessinent dans l'obscurité de la pièce. Une ombre assise face à se miroir qui semble coiffer sa ténébreuse chevelure qui prend au fur et à mesure que je m'approche un teint ocre qui se fait de plus en plus blond. La blancheur de son teint m'est visible à présent ainsi que sa longue robe de voilage noir qui laisse apparaître les formes gracieuses de son corps. Je suis à ses cotés...
Etrangement, elle porte un masque noir sur son visage qui m'empêche de savoir qui elle est. Pourtant j'ai l'impression de connaître cette femme. Peu importe, le miroir ovale m'attire encore bien plus ainsi que la lumineuse pierre blanche qui flotte au dessus de lui. Son intérieur nébuleux et crémeux me rappelle une améthyste mais celle-ci est d'un blanc immaculé. Je m'approche un peu plus de ce miroir pour observer ses contours poussiereux, sculptés dans l'or le plus pur. Sa vétusté est indiscutable et ce qu'il renferme est indiscible. J'y remarques quelques symboles et en particulier celui-ci :

J'ai pourtant l'impression qu'il n'est pas complet. Je ne parviens pas à percer ce flou.
La femme n'est plus là et je ne l'ai même pas remarqué. Ce miroir m'a absorbé. Je regarde autour de moi et ne perçois que le noir qui m'entoure ainsi que les quelques bougies qui brille dans cette nuit. Je décide alors de prendre place sur le petit tabouret sur lequel elle était assise quelques instants auparavant pour observer mon reflet dans ce miroir. Le miroir est intacte et pas un grain de poussière ne masque mon parfait reflet, un autre moi, moi... Je suis envouté par la perfection de mon reflet, rien ne diffère, c'est moi. Quelques instant après, mon image ondule et vieilli... Oui, je me vois vieillir sur la surface réfléchisssante et le temps s'écoule petit à petit pour laisser place à un homme dont les rides traduisent nombre de souffrances causées par la vieilliesse.
Je n'ai pas eu le temps de me rendre compte de ce qu'il se passait, de ce que je voyais... Une petite étincelle scintillait derrière moi. C'était la lumière réfléchi par un objet de métal... Un poignard, une lame aux formes du croissant de lune qui trancha ma gorge laissant déverser le sang à mes pieds. Je tombai au sol et eu seulement la force de me mettre sur le dos pour observer mon agresseur qui se pencha au dessus de moi, l'arme du crime à la main. Je remarquai que le poignard était orné d'une lune ainsi que d'un petit diamant scintillant. Mes yeux glissèrent sur le visage de l'agresseur, elle, cette même femme masquée qui souriait. Je la hais ... Tout s'assombrit et seule la blancheur de son sourire machiavélique m'est encore visible. Mes paupières sont closes. Je meurs.




