
Il faisait noir. Un froid glacial soufflait et le blizzard me brûlait terriblement les mains et le visage. J'ouvris les yeux et je compris mieux pourquoi ce froid était si intense. J'étais allongé sur un sol de glace, sur une banquise, au milieu de la mer gelée où se dressaient des centaines d'icebergs aux formes étranges. Je me suis mis difficilement sur mes deux jambes car la morsure du froid engourdissait chacun de mes membres ; mais j'y parvins. Une affreuse douleur me frappa. Mon front me brûlait terriblement en un point précis et la douleur ne se calma qu'au bout de quelques minutes. Alors, j'observai autour de moi mais n'y voyais rien car la neige qui tombait était bien trop épaisse et m'obstruait la vue. J'étais vêtu d'un long manteau de tissu noir mais cela n'est qu'un détail après tout. Je me suis encapuchonné, marchant tout droit dans l'espoir de trouver un abri qui me cacherait de ce froid mortel.
Cela faisait plusieurs minutes, voire quelques heures, que je marchais et toujours rien à l'horizon. Brusquement, j'aperçu un gigantesque mur de glace qui se dressait devant moi. Je m'approchai de la paroi espérant trouver un renfoncement pour m'abriter mais ce mur était parfaitement lisse, sans aucune fissure. Sa surface reflétait le paysage ainsi que moi et je pus observer mon image : ce visage aux traits saillants encore une fois et les cheveux bien plus foncés, mais c'est bien moi. J'ai pu également noter sur mon front un triangle isocèle à la base plus courte que ses deux autres côtés, pointe vers le bas (un symbole déjà observé lors de précédentes expériences qui me demandaient une grande concentration). Lorsque j'ai posé ma main sur cette paroi de glace, j'ai sorti une énergie étrange, une énergie qui se fondait en moi, puissante et apaisante. Elle émanait de derrière cette barrière. Sans savoir pour quelle raison, je me suis concentré et mon doigt, que je venais juste de poser sur mes lèvres, traça de lui-même une glyphe invisible qui, une fois terminée, m'est apparue dans une lumière de feu. La paroi de glace a en partie fondu laissant apparaître un long tunnel sombre devant moi. J'apercevais très loin, au bout de celui-ci, une petite lumière blanchâtre qui devait simplement être la sortie. J'ai donc pénétré dans ce tunnel et pendant plusieurs heures, j'ai marché en voyant la petite lumière s'approcher de moi lentement, trop lentement...
J'atteignis enfin la sortie. Une lumière puissante m'aveugla et un magnifique spectacle s'offrit à mes yeux. Une grotte de glace sublime où stalactites et stalagmites jouaient ensemble, où de petits cristaux de glace étincelaient par ci par là au fur et à mesure que je m'avançais. On aurait dit des petites lucioles qui dansaient autour de moi. Le froid disparût et la chaleur de mon énergie m'envahit. Je n'avais pas encore remarqué ce qui se trouvait face à moi. Au milieu des airs flottait dans un halo de lumière un long bâton de métal clair ou foncé selon l'angle de vue sous lequel on l'observait. En haut de ce baton se trouvait enfermée entre les griffes de métal une pierre, une améthyste en boule, subjuguante, pénétrante... C'était l'énergie que j'avais sentie derrière cette paroi, j'en étais certain. Je me suis mis à tourner autour de lui d'un rythme de plus en plus rapide, murmurant des paroles qui pour moi-même étaient incompréhensibles. J'ai l'impression que je le priais. Je tournais de plus en plus vite autour du halo de lumière puis me suis arrêté d'un coup net face au bâton. Le halo se faisait de plus en plus faible, rétrécissait jusqu'à ce que subsiste qu'un seul rai, puis, plus rien. Le bâton de métal tomba à terre dans un bruit dont les ondes résonnèrent sur toutes les parois de la grotte de glace. Après une longue hésitation, je me suis finalement baissé pour le prendre en main. L'énergie de la pierre me submergea. Dans l'améthyste tournoyaient les nuages blancs du ciel purpurin qui la constituait. Je me sentais puissant et serein. Sensation indicible. Je plantai le bâton devant moi, dans la glace, et un épais brouillard s'amassa autour de moi. Il m'engloutit totalement puis se dissipa.
Je me suis retrouvé au milieu d'un paysage bien plus aride, un désert sans sable. Face à moi, trois hommes sont apparus de nul part. Il portait des turbans qui leurs masquaient tout le visage et étaient armés de longues cimeterres. Puis trois autres surgirent, puis encore, puis encore... En quelques instants, je me vis encerclé par une bande de malfrats étranges. Je n'ai pas paniqué. Mon bâton était toujours là et je me sentais presque invincible. En quelques gestes, les hommes enrubannés se sont retrouvés soufflés par de terribles bourrasques de vent. Quelques uns resistèrent et c'est en utilisant la tige de métal comme une arme de kung-fu que je parvins à les vaincre. Tous disparurent. Alors, je plantai mon bâton face à moi dans le sol aride qui m'absorba d'un trait comme si mon corps s'était liquéfié. Plus rien.
Je raconte très peu souvent mes rêves avec tant de précisions. Et pourtant, je sais pertinemment que j'ai encore oublié de précieuses informations au cours de mon voyage. Malheureusement...
par Raphaël
publié dans :
Au fond de l'Améthyste

