
Chute interminable dans le fossé de mes souvenirs. Exploration des profondeurs de mon âme. Images imperceptibles défilant devant mes yeux denfant, ébahi, enchanté, émerveillé
Et ces oiseaux. Magnifique paysage que de voir ces deux rossignols entremêlant leurs ailes aux plumes angéliques, gazouillant un air de Vivaldi que je ne parviens pas à percevoir
Je sais que leur chant envoûtant résonne tout autour de moi et mon oreille est incapable dinterpréter ces sons. Je nentends pas

Rien ne possédait le pouvoir de nous séparer. Mais les liens devaient être encore fragiles puisque tout a cédé dans un seul choc, lorsque ce véhicule aux allures de Titan fit voler en éclat notre rêve tout comme il fit voler en éclat le par brise. Laffreux monstre, après avoir opposé mon faible corps à son incomparable ossature, méjecta de notre voiture quil transforma en boite de conserve y faisant entrer le corps de ma femme, disloqué dans un bain rouge sang.
Ces pensées macabres mobsèdent. Mais seriez-vous capables de penser à autre chose lorsque les dernières images que vous avez vues et que vous pourrez voir à lavenir sont celles du corps de votre femme en charpies ? Cet accident ma privé de tout : de mes yeux, de mes bras, de mes jambes, du chant des oiseaux
et de Toi. Cest ma vie quil a prise ! Je voudrais seulement pouvoir décoller de ce lit dhôpital où lon ma crucifié Les larmes voudraient couler mais je ny arrive pas. Je pleure de me voir réduit à létat de « légume infirme ». Si seulement je pouvais arracher ces fils qui me tiennent encore à la vie pour me lever, tout détruire et crier ma douleur au monde entier. Exprimer ma souffrance est lune des seules choses quon ma laissée.
Un courant dair traverse la pièce. Je suppose que quelquun est accouru après avoir entendu mon cri et que le déplacement de la porte a laissé le vent simmiscer dans la chambre. Quelquun est près de moi, probablement armé de lune de ces horribles seringues quils me plantent toujours dans lavant bras pour me calmer. Je secoue ma tête en espérant que cela suffira à les en dissuader, mais jen doute. Je ne veux Une douce main me caresse le visage. Cest elle, jen suis certain, elle qui est la seule à me comprendre, la seule à savoir que je souffre, la seule à savoir que la morphine est inutile. De toutes les infirmières sétant occupées de moi durant ces trois semaines, elle est la seule à avoir offert à mon visage lébauche dun sourire, une petite étincelle, la promesse dun feu de joie. Je cesse de remuer la tête en tout sens. Sa main continue deffleurer mon visage et je sens le souffle de sa bouche qui doit probablement me chuchoter quelques mots de réconfort à mon oreille. Et cest sous la main de "mon" infirmière que mon esprit sapaise
Cest laube. Je sens la douceur de la lumière effleurer ma peau. Ca me rappelle sa main.
Je nai jamais cru au coup de foudre...Que dis-je là ?! Ma femme est morte il y a moins dun mois et me voilà en train de mavouer victime de lamour. Jai honte.
« Pardonne-moi chérie
» mais être amoureux dune âme défunte, cest trop difficile pour moi. Une partie de toi reste en moi, une partie de moi reste en toi.. Et mes yeux vitreux sembrument de larmes invisibles car la Belle naimera jamais la Bête que je suis aujourdhui.! Tout va mal mais la main de la déesse est de retour, me caressant tendrement le front. Et ma bouche ne peut se contraindre à retenir les mots :
« Si tu savais à quel point je taime toi mon inconnue. Pardonne le pauvre aveugle de sa folie. Pardonne le fou de son impudence. Pardonne un homme daimer linaccessible. »
Ce sont à présent ses lèvres qui viennent se coller aux miennes. Je profite de linstant et savoure le rêve. Il membrasse et moi je suis aux anges. Cest un homme
Je sens sa barbe male rasée irriter la peau de mon visage, mais cest agréable. Cest étrange,. Mais tout cela est-ce vraiment important ?. LAmour na plus de forme ; lAmour est incolore. Dire que si javais encore mes yeux, peut-être aurais-je manqué cet instant.. Je te remercie, toi la Vie, toi la meurtrière de mavoir appris le verbe "aimer".

Masse cotonneuse sur la toile bleutée de notre atmosphère, le nuage nous fait tourner la tête. Lesprit quitte le corps lourd, se libère des chaînes qui lemprisonnent à lasphalte et senvole vers ces petites bulles de rêves, ces chimères nébuleuses.
Esprit angoissé sassoit sur un doux coussin de coton, simmerge dans lapaisant halo de lumière chaude, besoin de calme. Sur son petit nuage on fermeles yeux, les angelots virevoltant comme de petites lucioles au dessus de notre tête. Monde illusoire

